samedi 24 mai 2008

Glisser dans la piscine !

Jeudi soir. Le jeudi est un jour important... c'est notre vendredi. Fin de la semaine, cerise enfin décrochée. Bon, en gros, faut décompresser façon solide, genre ça pique et faut qu'ça saigne. J'ai un véritable atout pour aborder ces soirées par rapport à mes chers collègues : j'ai mon jeudi après-midi. Habituellement, je regagne assez vite mes appartements, après avoir englouti un traditionnel plat de pâtes. Et puis, en songeant que d'autres font courageusement face à la fatigue de nos élèves et doivent aller chercher en eux désespérément un fond d'énergie, je m'endors paisiblement. La sieste, rhâââ... Que cette demi-heure est agréable. Après une bonne petite douche, les coups de fil afin de planifier la soirée, j'attends les 20 heures, saute dans un taxi, et la nuit commence.

Jeudi dernier, donc. Une belle soirée, qui se déroula selon un triptyque bien connu, le schéma assez récurent mais qui satisfait globalement : apéro à Zamalek, resto à Mohandesseen, et fin de partie au casino de l'Hilton. Retour à l'appart' quand le carrosse était devenu depuis fort longtemps citrouille. Avant de se coucher, un litre de flotte, en caleçon sur le balcon, histoire de célébrer les souvenirs d'une chiraquie au fort de Brégançon... Bien. Mais, le corps réclame alors de se purifier. Notamment parce que l'atmosphère cairote n'est pas exactement celle que je respirais à Volvic. En même temps, à Volvic, c'est un peu "Into the Wild"...


Le lendemain matin, Cécile - prof d'Arts plastiques, saltimbanque, donc - et mon auguste personne avions décidé d'aller nous baigner. Mais, comme mon aventure égyptienne touche à sa fin, j'avais suggéré d'aller tester une fameuse piscine qui fait face aux pyramides. "Siècle" trouva l'idée bonne (Ah oui, faut expliquer qu'au collège nous devons signer un registre de présence. Or, nos prénoms sont parfois un peu "écorchés". Ainsi, suis-je tantôt "Francé", tantôt "Frona", etc... Mais, celle qui multiplie les coquilles nominatives est Cécile. Elle cumule donc les "Cécéle", "Ciècle", etc... Résultat, nous l'avons affectueusement surnommée "Séquelles". Je sais, on est sans pitié...). Donc, je rejoignais Cécéle au métro de Gizeh, et nous filâmes jusqu'au prestigieux hôtel, le "Mena House". Malheureusement, la piscine était réservée uniquement aux clients de l'établissement. Nous prîmes cependant le temps de boire un jus d'orange en face de Chéops. "Séquelles" entama alors une discussion sur les piscines des grands hôtels, et souligna que lorsqu'elle était à Louxor, elle aurait très bien pu se baigner n'importe où, tout simplement parce qu'on se fondait dans le décor. Et me reprocha de ne pas avoir joué le jeu au Mena House...
Je savais qu'un autre hôtel avait une piscine donnait sur les tombeaux des pharaons. Nous gagnâmes donc l'endroit. Vaste pelouse. Joli bassin. Pyramides. On cherche un responsable. Un jeune homme nous reçoit dans le club de sport, adjacent à la piscine. Anglais peu courant, accent mêlant celui d'un indien de Bombay et d'un berger du Larzac.
- "Vat dou you want tou dou ?"
- "Swim !"
-"Oké... Vat dou you want ?"
- "Nager ?"...
- ...
- "Moumkin swim ?" (Moumkin signifie en arabe : "Est-il possible de"...)
- "Oké, oké. Coume wive mi".

Nous le suivons, un peu étonnés. Il nous ramène à la piscine, et nous montre des petites cabanes, afin que nous nous changions. Malheureusement, les portes sont fermées. Séquelles hoche la tête. Son plan n'a donc pas fonctionné ? Que si ! Le jeune homme revient vers nous en courant, afin de nous ouvrir les cabines. Je demeure interdit. Bon, on paiera à la sortie alors...

Après-midi piscine donc. Alors que nous nagions, on vit une inscription collée contre un des murs de la piscine, signifiant que la piscine était réservée aux clients de l'hôtel. Tant pis. On a rien compris, on nous a rien expliqué, on verra bien...

Sieste fort agréable. Les clients, en majorité d'épaisses italiennes, rouges comme des lasagnes, bronzaient dans cette fin d'après-midi. Lorsque nous décidâmes qu'il était temps de rentrer, nous quittâmes tranquillement l'hôtel. Kécile me sourit, afin d'asseoir sa démonstration : personne ne nous demanda quoi que ce soit...

Bon. J'ai un peu honte. En fait... Non, j'ai même pas honte. Mais, que conclure finalement de cette anecdote : que, par ma couleur de peau, j'ai un passeport dans les hôtels.

C'est drôle. Et surtout triste...

jeudi 15 mai 2008

De deux choses l'une, l'autre c'est le soleil...

J'ai pris le large... Je me suis envolé dans une contrée sépia, bordée par les déserts. Je navigue dans cet océan urbain, cahotant dans un enfer de métal et de pierres. Et la poussière, partout, teintant de son pigment de tabac jusqu'aux rétines des visiteurs. J'aime tant cette ville et ses pulsations suraiguës. Les chants des muezzins fendent le ciel épais et se sont enracinés au fond de ma mémoire. Mais, s'il n'y avait qu'une expérience à retenir, un seul souvenir à conserver, ce serait sans doute l'image de deux soleils. Ouais, je reconnais, ça fait un peu météorologue amateur alors que je ne suis même pas le fils naturel de Jacques Kessler...
Simplement, ces deux soleils correspondent à deux moments de ma vie, et se sont gravés très nettement dans ma tête.

Le premier m'est apparu dans le désert à l'ouest du Caire, vers l'oasis de Baharia. Je vous peindrai plus tard les touches anthracites du basalte sur le sable, ou les déhanchements du feu, au rythme des percussions bédouines. Et, sans doute le goût du thé, lorsque vos yeux se plongent dans un profond clair de lune, et que tout, tout est si profondément calme...
Nous traversions en jeep le désert noir, et un immense disque surgit alors des dunes. Le soleil était si énorme que la chaleur me parut soudain secondaire. Entre de hautes roches blanches, le soleil semblait dévorer la terre. On s'arrêta. Le spectacle était simplement prodigieux.

Au cours du mois d'avril, le Caire subit le souffle d'un vent du désert : le Khamsin. En arabe, Khamsin signifie cinquante, comme les cinquante jours pendant lesquels il apparaît. Ce vent n'est qu'un souffle de sable et de poussière, la respiration minérale des solitudes libyennes. Il recouvre alors les murs, les toits et les routes. Et le ciel s'enroule dans des nuages gris. Alors, lorsque ce marchand de sable vous abandonne à la contemplation, le soleil est devenu laiteux. La gamme habituelle des couleurs du monde s'estompe. L'astre est réduit à une simple palpitation blanchâtre.

Le soleil s'est fondu avec la lune, comme disait la chanson...

vendredi 1 février 2008

Repas au collège

Repas au collège
Vidéo envoyée par zuka26

Une fois n'est pas coutume, je décide aujourd'hui de vous mettre une ligne une petite vidéo, de mon cru. Alors, les images proviennent du collège, au moment de la pause de midi. Il faut savoir que l'on se retrouve au labo, en salles de physiques. Et, au moins, ça vous laisse entrevoir l'excellente ambiance qui règne au sein du corps enseignant. Ouais, on est heureux ! (Pardonnez, évidemment, la médiocre qualité de mon travail. Je ferai mieux la prochaine fois...).

vendredi 25 janvier 2008

La pluie fait des claquettes


La pluie s'est longuement écrasée sur le Caire, cette semaine. Moi, qui suis un amoureux de la pluie, j'en suis resté tout retourné. Voir un ciel gris, dont la couleur n'était pas uniquement due à la pollution, m'a fait un bien fou. J'aime particulièrement le rythme mélancolique que prend une ville nettoyée par des hectolitres de flotte. Mais, ici, contrairement aux villes européennes, habituées à gérer les précipitations, le Caire ne sait comment évacuer ces eaux soudaines. Pas de bouches d'égouts. L'eau demeure stagnante, créant de gigantesques flaques, au milieu des rues. Elle tourne rapidement à la boue, se mélant à la poussière qui infeste le Caire.

Au collège, le phénomène climatique a posé un authentique problème. Pas de toit pour couvrir les halls du bahut. Résultat, une large flaque apparut. Et, on la fit disparaître à l'aide d'un... aspirateur ! Ce qui tend à prouver que les Egyptiens ont l'habitude, très clairement, de la pluie.

Et ça va même plus loin que ça. Les chauffeurs de taxi continuent à laisser inexorablement leurs fenêtres ouvertes. Mais, surtout, ils n'ont pas d'essuie-glaces ! Dès lors, l'un de mes chauffeurs opta pour une conduite sûre. On voit rien dans l'habitacle. Pas de soucis ! On va conduire avec la tête dehors, au travers de la fenêtre, sur l'autoroute. Je reconnais avoir eu quelques sueurs froides...

Lorsqu'on se ballade dans mon quartier un jour de pluie, on se rend compte que rien n'est adapté à la situation. Je m'étais fait la réflexion qu'un marchand de parapluies ferait faillite au Caire. C'est si vrai que, malgré la pluie, les Egyptiens demeurent sereins, ne cherchant même pas à se couvrir. Ils ont sans doute raison, tant la pluie est rare... Mieux vaut accepter avec patience et philosophie. En revanche, comme la pluie avait redoublé de violence, je gagnais un café, au milieu des chichas et des verres de thé. Les cafés n'ont, généralement, pas de portes. On s'assoit à l'intérieur d'une salle plus ou moins vaste, qui est grande ouverte sur la rue. Je commandais un thé. On me l'apporta, et je sombrais dans une rêverie toute égyptienne, serrant entre mes mains le "shay", amer et brûlant. La pluie berce. En France comme en Egypte...

mercredi 16 janvier 2008

Sur la corde raide...


Retour de France, depuis une semaine. Le froid (!) s'est installé sur la capitale égyptienne. Bon, ça reste un froid très relatif. Mais, tôt le matin, les températures doivent monter à 7-8 degrés. La journée tourne autour des 17 - 18. En gros, un mois de Mars français. La nuit, comme l'isolation est un principe totalement abstrait dans l'architecture égyptienne, un vent glacé souffle et s'infiltre entre les murs de l'appart'. Du coup, j'ai enfin essayé la fonction chauffage de la clim'. Je savais pas que ça existait avant de venir au Caire... Et je pensais pas m'en servir un jour. Cependant, quand je vous parle des rigueurs du climat, c'est pas non plus les steppes gelées de la Sibérie septentrionale. Non. Je continue à me vêtir d'une chemise, mais j'enfile le manteau qui me sert seulement l'été et l'automne en France... Donc, on survit.

Lorsque je suis arrivé, j'ai été habité par un curieux sentiment, oscillant entre la nostalgie et un léger bonheur, diffus, presque impalpable. Tout tournait sous mon crâne, à tel point que l'image d'une machine à laver s'est imprimé dans mon esprit. Des quantités de pensées, de souvenirs, se dilataient dans la nuit égyptienne. Dans l'avion qui me ramena, je me retrouvais à côté de Français, un guide du Routard sur les genoux, déjà perdus. J'envisageais le Caire, sans hâte. Je savais ce qui m'attendait. Je négocie mon taxi en Arabe, en hurlant que les tarifs sont bien trop élevés. J'indique les directions au chauffeur pour regagner mon domicile. Bref, j'ai des repères. Un coup de fil à Seb. Les potes sont là. L'épicier aussi, qui me gratifie de son habituel sourire quand je lui décoche une salutation traditionnelle... J'habite en Egypte... Vraiment ? Car, mon retour sur ma terre natale s'est étalé sur 3 semaines. Suffisant pour reprendre les vieilles habitudes et ma vie, codifiée, structurée. Clermont est toujours taillé dans la pierre noire volcanique et je risque pas de me perdre dans les étroites ruelles de la vieille ville. Rien n'a changé. En Egypte, malgré des réflexes, des habitudes, je suis encore sur la corde raide. Je ne parle pas Arabe. La culture, le mode de vie, ne sont pas les miens... Partir revient à se mettre en danger, perpétuellement. J'ai fait éclater un cocon, relativement douillet, afin de voler (de mon propre zèle ?). Mettre la Méditerranée entre Carole et moi, était-ce une erreur ? Un révélateur plutôt. Quand je me baladais dans les rues du Puy ou de Clermont, avec ma chère et tendre pendue à mon bras, je me rendais que ces actes futiles, habituels, devenaient subitement importants. Que le quotidien, ce grand dévorateur de couple, prenait soudainement des teintes dorées. Que mon café sur un comptoir de zinc n'avait pas la même saveur. Alex, philosophe physicien devant l'éternel, m'a dit la semaine dernière que partir permettait d'évoluer. Et, que le but c'était de ne pas habiter quelque part, mais de se sentir chez soi partout. De ne pas avoir peur de l'Autre...

Je crois qu'il a raison. Mais, je suis désormais convaincu que je ne suis parti que dans le but de sentir des frissons me parcourir l'échine... Contempler ma clepsydre s'écouler, et me souvenir, lorsque l'heure sera venue, des étoiles qui brillaient dans une nuit de septembre, allongé dans une felouque, du soleil qui brûle, en Octobre, des pyramides qui se découpent à l'horizon, le matin, et du plaisir si immense que j'avais eu à revoir mes amis, ma famille, ma Carole, un Noël, en France...

jeudi 13 décembre 2007

Légende égyptienne...

C'est bientôt Noël, et, en cette période de fêtes, il est d'usage de narrer des contes aux enfants sages, devant un feu de cheminée qui crépite. Mais, bon, je suis en Egypte hein, alors, la cheminée c'est plutôt la clim. Et le Père Noël, il doit pas connaître l'endroit. Et pis, de toutes façons, les cairotes, ils portent pas de grosses chaussettes de laine. Non, eux, ils fabriquent des tenues de ninjas à leurs femmes...

Or, donc, pas de conte, mais une légende, une belle légende, que je tiens du prof de physique, Alexandre. Lequel m'a affirmé que les faits étaient authentiques. Au lecteur de trancher.

Il y a longtemps, bien longtemps, de vieux sages, issus de hautes dynasties pharaoniques, annoncérent au peuple médusé à quoi ressemblerait le futur. Mais, pas dans 20 ou 30 années. Non. Des milliers d'années plus tard. Ils annoncérent d'abord que le soleil qui cogne, ça, ça changerait pas. Que les ânes au milieu des rues, ça non plus, ça bougerait pas. Et, que les bawabs, ils sont éternels (ce serait pas ça le plus vieux métier du monde ?). En revanche, les sages expliquèrent que les pyramides, ça allait s'arrêter. Que ça allait se démoder. Qu'on allait préférer les trucs de ferraille de forme phallique. Surtout en Gaule. Chez ces couillons de Lutéciens. Sont fous ces Gaulois. Ils dirent aussi que le travail allait changer de façon incroyable. Surtout en Gaule. Que les conducteurs de chars, mais des grands, avec plein de monde dedans, eh ben, ils voudront plus taffer. Juste faire la gueule toute l'année. Sont fous ces Gaulois, conclurent-ils dans leur infinie sagesse. Le plus vieux et le plus sage de tous, prit alors la parole et dicta d'une voix grave au scribe : "Ne nous éloignons pas du sujet mes frères ! Nous devons annoncer à nos contemporains ce qu'il adviendra du travail en Egypte ! On est payé pour ça ! Qu'avez-vous vu dans vos nuits de transes ? Qu'apercevez-vous dans l'horizon du futur ?". Il y eut de grands discours. Et tous se rendirent compte que leurs visions étaient identiques. Alors, ils gravèrent dans une épaisse plaque de marbre d'étranges signes. La pierre fut alors enterrée au Sud du Caire, et personne n'en entendit plus parler pendant 4000 ans...

A l'automne 2007, alors qu'il errait dans des quartiers Sud cairote, à la recherche d'éléments métalliques pour ses expériences (oui, parce qu'il adore faire les poubelles - et c'est authentique), Alexandre, professeur de Physiques redécouvrit cette pierre. Les signes demeurent un mystère, mais Monsieur le Physicien semble avoir trouvé une solution au problème linguistique. Il a nommé ces étranges caractères les "Hyéroasis". Je vous reproduis ici la photo de cet allumé, me faisant part de sa découverte... Je demeure encore sceptique. Mais, bon, allez savoir avec la sagesse égyptienne...

samedi 8 décembre 2007

Histoires de dindes...


Ca faisait, il est vrai, un moment, que je n'avais pas noirci d'encre virtuelle la toile... Bah, faut m'excuser ! Vous croyez quoi ! J'ai reçu mes géniteurs pendant une semaine, j'ai du boulot par dessus la tête, et puis, bon, depuis que je suis devenu sportif (j'en vois qui rigole au fond !), et ben, j'ai pas une minute à moi. A tel point que j'ai eu droit à une remontée de bretelles de ma chère et tendre, qui considère d'un oeil assez moyen mes fréquentations (et je parle pas que de Seb, pour ceux qui le connaissent - même s'il faut reconnaître qu'il est pas triste le garçon), et mes mémorables sorties...

Et justement, parlons-en des sorties. Le Caire, c'est rempli d'Amerloques (et pas d'amères loques, sauf au boulot...). Or, mon cher coloc Karim, affectueusement surnommé "Indian Companion", par Roy et moi-même (le Norvégien lui a deux surnoms : Shakira - à cause de ses longs cheveux blonds - et "Polar Bear". J'ai, quant à moi, hérité d'un "F... frog" épicé), a débauché une jeune donzelle, assez mignonne, et surtout redoutablement intelligente. Elle a donc déboulé dans l'appart', depuis un mois, et je ne peux vraiment pas m'en plaindre (bah ouais, elle fait la bouffe, elle parle Français, et elle fait la bouffe aussi)... Bref, cette dernière a décidé de fêter Thanks giving, et passa donc plusieurs heures a concocté diverses mixtures, gâteaux, purées, et trouva même une volumineuse dinde qui eut du mal à passer la portière de notre four. On apprend que tous ceux qui viendront, eh ben, ils seront nombreux, et surtout ils vivaient tous de l'autre côté de l'Atlantique. Damned ! Je vais ramer pour piger leurs conversations. Et que ça prononcera pas les "R", et que ça te mettra des "A" partout à la fin des mots (exemple pour le néophyte : "Yeeeeaaah Man, i'm gonna shaw ya something 'eaally cool"). Parfois, je décrypte mieux l' Egyptien que l'Américain, malgré mes progrès dans la langue de Chexpire. Le soir prévu, je massacre paisiblement Roy au squash, puis nous gagnons le Pub de l'Hilton, histoire de faire l'apéro. Shakira regarde sa montre : on est - comme d'hab' - à la bourre. Dans l'immeuble, en face des ascenceurs, une pulpeuse jeune femme apparaît, et nous interpelle. Elle nous demande si on est invité pour Thanks Giving. On lui répond qu'il y a quelques probabilités qu'on participe à l'orgie... Grand sourire de la minette, albanaise de son état, qui trouve le moyen de nous dire qu'elle sait que les colocs sont gentils, et même qu'ils sont norvégiens et français. "Really ?", répondis-je, en essayant de masquer tant bien que mal mon accent.

Bref, lorsqu'on déboule, l'appart' ressemble plus à une rave party. Des Américains tout partout, mais quelques intrus se sont glissés parmi l'auguste assemblée. Je rencontre un Anglais, et deux Irlandais, déjà bien éméchés. On s'installe, les présentations commencent, entrecoupées d'assiettes tendus vers la purée ou la dinde. Quelques sympathiques New-yorkaises m'assurent que mon accent est "soooo sexy". En gros, la soirée est cool. Les Irlandais brandissent alors un Whisky, pure tradition. On poursuit la soirée sur le balcon, évoquant les différences culturelles, et le sempiternel "Why did you come in Egypt ?". Je finis par m'éteindre progressivement. Et, vers minuit, je décide d'aller me faire une petite sieste d'une demi-heure, histoire de pouvoir suivre le groupe au Mojito, un bar au sommet de l'Hilton, à ciel ouvert, qui domine la capitale. Je me réveille le lendemain matin, les cheveux en pétard, avec l'haleine d'un fénec amateur de purée d'ail. Je constate avec amertume que j'ai conservé mon jean et une chaussette. J'appris après coup que mes colocs avaient considéré que je n'étais pas en état de faire quoique ce soit à une heure du mat', tant je ronflais grassement. J'ai même pas eu le temps de saluer, de mon accent si sexy, la pulpeuse albanaise... Arffff...

Mais, mes expériences avec l'oncle Sam ne sont pas terminées. Pour bien comprendre, revenons au mois d'aout. Karim et moi cherchions un coloc, afin de compléter l'appart'. Plusieurs annonces sur internet, et plus de 50 candidatures, tout de même. Dans le lot, je rencontre un Allemand, Philip, garçon sympathique, qui ne restait que deux mois, et que j'éconduis donc poliment pour ce motif (on cherchait quelqu'un pour l'année). Néanmoins, nous partageâmes plusieurs soirées. Et ce dernier finit par dégoter une colocation à Zamalek. Et m'apprend qu'il vit avec trois américaines, célibataires de surcroît. Incroyab', me dis-je ! Faudrait aller voir. Ce que je m'empresse de faire, un soir de septembre, flanqué de l'Allemand. Et je dois dire que je n'allais pas être déçu. Le long couloir qui mène au salon permet d'apercevoir les deux gros canapés, et surtout les créatures allongées avec nonchalance dessus. Un tableau de Botero ! Les trois grasses, si vous préférez. Dans le lot, une moins enrobée que les autres, Kristen, m'offre un grand sourire et fait preuve d'une réelle sympathie. Mangeant des biscuits d'une main, et les yeux rivés sur son écran d'ordinateur, une bien enveloppée, April, secoue sa tête et prononce un "Hi" neutre. Enfin, une attraction de fête foraine, façon baronne de Thunder-ten-tronk", agite ses mains grassouillettes. Son prénom a malheureusement été effacé de ma mémoire, dès qu'elle m'a affirmé que je ressemblais beaucoup à son frère. Je passais une demi-heure avec le groupe et décidai d'abandonner mes nouvelles conséquentes amies.

Cette semaine, je reçois un coup de fil de Kristen, me demandant de participer à une "Christmas party". Je finis par céder, malgré quelques hésitations, tant du point de vue de mon travail que de mes appréhensions sur le déluge de boustifaille auquel je risquais d'assister. Arrivée ce mercredi soir vers 20 heures, chez Botéro. Appart' plein comme un oeuf. Et tout pareil, tout plein de Ricains qui papotent, au milieu de sushis (de circonstance pour Noël), et de "Rice pudding", franchement écoeurant. Je me lie d'amitié avec un Japonais. Nous parlons de Paris, de Tokyo et du Caire. Le temps me semble un peu long, et je demeure horrifié par la quantité industrielle de bouffe, avalée par mes hôtes. Néanmoins, une Française qui était aussi de la soirée a rapatrié une bouteille de Médoc, que je prends d'assaut. A ce propos, ça vous est sans doute déjà arrivé, mais c'est toujours cruel : l'impossibilité totale de réussir à se nouer d'amitié avec quelqu'un. Il arrive parfois que deux personnes se rencontrent, mais qu'elles n'aient rien à se dire. Non pas qu'elles se détestent. Non, juste rien en commun. Comme un rond dans un carré. Ben, avec la Française, c'est ce qui m'est arrivé. On ouvre le rouge, et, s'en suivent quelques banalités d'usage. Et puis rien. On se balance un peu sur ses jambes, on jette un regard sur l'assemblée. On coupe les longs silences par des "Ouais ouais ouais". Je sens que la fille voudrait mettre fin au supplice. Elle hausse les sourcils, me faisant un sourire contraint. Je souris, et redis pour la seconde fois que je suis content de boire un peu de vin. Voilà voilà voilà.

La soirée s'acheva vers minuit, chacun regagnant calmement ses pénates, un paquet de pudding sous le bras. Pudding que j'abandonnais au bawab, lorsque Roy et Karim refusèrent catégoriquement l'étrange plat brun-noir, trônant dans le frigo.

Bon, les américains, sont gentils quand même. Ils m'invitent au moins à bouffer. C'est déjà pas si mal.