vendredi 25 janvier 2008

La pluie fait des claquettes


La pluie s'est longuement écrasée sur le Caire, cette semaine. Moi, qui suis un amoureux de la pluie, j'en suis resté tout retourné. Voir un ciel gris, dont la couleur n'était pas uniquement due à la pollution, m'a fait un bien fou. J'aime particulièrement le rythme mélancolique que prend une ville nettoyée par des hectolitres de flotte. Mais, ici, contrairement aux villes européennes, habituées à gérer les précipitations, le Caire ne sait comment évacuer ces eaux soudaines. Pas de bouches d'égouts. L'eau demeure stagnante, créant de gigantesques flaques, au milieu des rues. Elle tourne rapidement à la boue, se mélant à la poussière qui infeste le Caire.

Au collège, le phénomène climatique a posé un authentique problème. Pas de toit pour couvrir les halls du bahut. Résultat, une large flaque apparut. Et, on la fit disparaître à l'aide d'un... aspirateur ! Ce qui tend à prouver que les Egyptiens ont l'habitude, très clairement, de la pluie.

Et ça va même plus loin que ça. Les chauffeurs de taxi continuent à laisser inexorablement leurs fenêtres ouvertes. Mais, surtout, ils n'ont pas d'essuie-glaces ! Dès lors, l'un de mes chauffeurs opta pour une conduite sûre. On voit rien dans l'habitacle. Pas de soucis ! On va conduire avec la tête dehors, au travers de la fenêtre, sur l'autoroute. Je reconnais avoir eu quelques sueurs froides...

Lorsqu'on se ballade dans mon quartier un jour de pluie, on se rend compte que rien n'est adapté à la situation. Je m'étais fait la réflexion qu'un marchand de parapluies ferait faillite au Caire. C'est si vrai que, malgré la pluie, les Egyptiens demeurent sereins, ne cherchant même pas à se couvrir. Ils ont sans doute raison, tant la pluie est rare... Mieux vaut accepter avec patience et philosophie. En revanche, comme la pluie avait redoublé de violence, je gagnais un café, au milieu des chichas et des verres de thé. Les cafés n'ont, généralement, pas de portes. On s'assoit à l'intérieur d'une salle plus ou moins vaste, qui est grande ouverte sur la rue. Je commandais un thé. On me l'apporta, et je sombrais dans une rêverie toute égyptienne, serrant entre mes mains le "shay", amer et brûlant. La pluie berce. En France comme en Egypte...

mercredi 16 janvier 2008

Sur la corde raide...


Retour de France, depuis une semaine. Le froid (!) s'est installé sur la capitale égyptienne. Bon, ça reste un froid très relatif. Mais, tôt le matin, les températures doivent monter à 7-8 degrés. La journée tourne autour des 17 - 18. En gros, un mois de Mars français. La nuit, comme l'isolation est un principe totalement abstrait dans l'architecture égyptienne, un vent glacé souffle et s'infiltre entre les murs de l'appart'. Du coup, j'ai enfin essayé la fonction chauffage de la clim'. Je savais pas que ça existait avant de venir au Caire... Et je pensais pas m'en servir un jour. Cependant, quand je vous parle des rigueurs du climat, c'est pas non plus les steppes gelées de la Sibérie septentrionale. Non. Je continue à me vêtir d'une chemise, mais j'enfile le manteau qui me sert seulement l'été et l'automne en France... Donc, on survit.

Lorsque je suis arrivé, j'ai été habité par un curieux sentiment, oscillant entre la nostalgie et un léger bonheur, diffus, presque impalpable. Tout tournait sous mon crâne, à tel point que l'image d'une machine à laver s'est imprimé dans mon esprit. Des quantités de pensées, de souvenirs, se dilataient dans la nuit égyptienne. Dans l'avion qui me ramena, je me retrouvais à côté de Français, un guide du Routard sur les genoux, déjà perdus. J'envisageais le Caire, sans hâte. Je savais ce qui m'attendait. Je négocie mon taxi en Arabe, en hurlant que les tarifs sont bien trop élevés. J'indique les directions au chauffeur pour regagner mon domicile. Bref, j'ai des repères. Un coup de fil à Seb. Les potes sont là. L'épicier aussi, qui me gratifie de son habituel sourire quand je lui décoche une salutation traditionnelle... J'habite en Egypte... Vraiment ? Car, mon retour sur ma terre natale s'est étalé sur 3 semaines. Suffisant pour reprendre les vieilles habitudes et ma vie, codifiée, structurée. Clermont est toujours taillé dans la pierre noire volcanique et je risque pas de me perdre dans les étroites ruelles de la vieille ville. Rien n'a changé. En Egypte, malgré des réflexes, des habitudes, je suis encore sur la corde raide. Je ne parle pas Arabe. La culture, le mode de vie, ne sont pas les miens... Partir revient à se mettre en danger, perpétuellement. J'ai fait éclater un cocon, relativement douillet, afin de voler (de mon propre zèle ?). Mettre la Méditerranée entre Carole et moi, était-ce une erreur ? Un révélateur plutôt. Quand je me baladais dans les rues du Puy ou de Clermont, avec ma chère et tendre pendue à mon bras, je me rendais que ces actes futiles, habituels, devenaient subitement importants. Que le quotidien, ce grand dévorateur de couple, prenait soudainement des teintes dorées. Que mon café sur un comptoir de zinc n'avait pas la même saveur. Alex, philosophe physicien devant l'éternel, m'a dit la semaine dernière que partir permettait d'évoluer. Et, que le but c'était de ne pas habiter quelque part, mais de se sentir chez soi partout. De ne pas avoir peur de l'Autre...

Je crois qu'il a raison. Mais, je suis désormais convaincu que je ne suis parti que dans le but de sentir des frissons me parcourir l'échine... Contempler ma clepsydre s'écouler, et me souvenir, lorsque l'heure sera venue, des étoiles qui brillaient dans une nuit de septembre, allongé dans une felouque, du soleil qui brûle, en Octobre, des pyramides qui se découpent à l'horizon, le matin, et du plaisir si immense que j'avais eu à revoir mes amis, ma famille, ma Carole, un Noël, en France...

jeudi 13 décembre 2007

Légende égyptienne...

C'est bientôt Noël, et, en cette période de fêtes, il est d'usage de narrer des contes aux enfants sages, devant un feu de cheminée qui crépite. Mais, bon, je suis en Egypte hein, alors, la cheminée c'est plutôt la clim. Et le Père Noël, il doit pas connaître l'endroit. Et pis, de toutes façons, les cairotes, ils portent pas de grosses chaussettes de laine. Non, eux, ils fabriquent des tenues de ninjas à leurs femmes...

Or, donc, pas de conte, mais une légende, une belle légende, que je tiens du prof de physique, Alexandre. Lequel m'a affirmé que les faits étaient authentiques. Au lecteur de trancher.

Il y a longtemps, bien longtemps, de vieux sages, issus de hautes dynasties pharaoniques, annoncérent au peuple médusé à quoi ressemblerait le futur. Mais, pas dans 20 ou 30 années. Non. Des milliers d'années plus tard. Ils annoncérent d'abord que le soleil qui cogne, ça, ça changerait pas. Que les ânes au milieu des rues, ça non plus, ça bougerait pas. Et, que les bawabs, ils sont éternels (ce serait pas ça le plus vieux métier du monde ?). En revanche, les sages expliquèrent que les pyramides, ça allait s'arrêter. Que ça allait se démoder. Qu'on allait préférer les trucs de ferraille de forme phallique. Surtout en Gaule. Chez ces couillons de Lutéciens. Sont fous ces Gaulois. Ils dirent aussi que le travail allait changer de façon incroyable. Surtout en Gaule. Que les conducteurs de chars, mais des grands, avec plein de monde dedans, eh ben, ils voudront plus taffer. Juste faire la gueule toute l'année. Sont fous ces Gaulois, conclurent-ils dans leur infinie sagesse. Le plus vieux et le plus sage de tous, prit alors la parole et dicta d'une voix grave au scribe : "Ne nous éloignons pas du sujet mes frères ! Nous devons annoncer à nos contemporains ce qu'il adviendra du travail en Egypte ! On est payé pour ça ! Qu'avez-vous vu dans vos nuits de transes ? Qu'apercevez-vous dans l'horizon du futur ?". Il y eut de grands discours. Et tous se rendirent compte que leurs visions étaient identiques. Alors, ils gravèrent dans une épaisse plaque de marbre d'étranges signes. La pierre fut alors enterrée au Sud du Caire, et personne n'en entendit plus parler pendant 4000 ans...

A l'automne 2007, alors qu'il errait dans des quartiers Sud cairote, à la recherche d'éléments métalliques pour ses expériences (oui, parce qu'il adore faire les poubelles - et c'est authentique), Alexandre, professeur de Physiques redécouvrit cette pierre. Les signes demeurent un mystère, mais Monsieur le Physicien semble avoir trouvé une solution au problème linguistique. Il a nommé ces étranges caractères les "Hyéroasis". Je vous reproduis ici la photo de cet allumé, me faisant part de sa découverte... Je demeure encore sceptique. Mais, bon, allez savoir avec la sagesse égyptienne...

samedi 8 décembre 2007

Histoires de dindes...


Ca faisait, il est vrai, un moment, que je n'avais pas noirci d'encre virtuelle la toile... Bah, faut m'excuser ! Vous croyez quoi ! J'ai reçu mes géniteurs pendant une semaine, j'ai du boulot par dessus la tête, et puis, bon, depuis que je suis devenu sportif (j'en vois qui rigole au fond !), et ben, j'ai pas une minute à moi. A tel point que j'ai eu droit à une remontée de bretelles de ma chère et tendre, qui considère d'un oeil assez moyen mes fréquentations (et je parle pas que de Seb, pour ceux qui le connaissent - même s'il faut reconnaître qu'il est pas triste le garçon), et mes mémorables sorties...

Et justement, parlons-en des sorties. Le Caire, c'est rempli d'Amerloques (et pas d'amères loques, sauf au boulot...). Or, mon cher coloc Karim, affectueusement surnommé "Indian Companion", par Roy et moi-même (le Norvégien lui a deux surnoms : Shakira - à cause de ses longs cheveux blonds - et "Polar Bear". J'ai, quant à moi, hérité d'un "F... frog" épicé), a débauché une jeune donzelle, assez mignonne, et surtout redoutablement intelligente. Elle a donc déboulé dans l'appart', depuis un mois, et je ne peux vraiment pas m'en plaindre (bah ouais, elle fait la bouffe, elle parle Français, et elle fait la bouffe aussi)... Bref, cette dernière a décidé de fêter Thanks giving, et passa donc plusieurs heures a concocté diverses mixtures, gâteaux, purées, et trouva même une volumineuse dinde qui eut du mal à passer la portière de notre four. On apprend que tous ceux qui viendront, eh ben, ils seront nombreux, et surtout ils vivaient tous de l'autre côté de l'Atlantique. Damned ! Je vais ramer pour piger leurs conversations. Et que ça prononcera pas les "R", et que ça te mettra des "A" partout à la fin des mots (exemple pour le néophyte : "Yeeeeaaah Man, i'm gonna shaw ya something 'eaally cool"). Parfois, je décrypte mieux l' Egyptien que l'Américain, malgré mes progrès dans la langue de Chexpire. Le soir prévu, je massacre paisiblement Roy au squash, puis nous gagnons le Pub de l'Hilton, histoire de faire l'apéro. Shakira regarde sa montre : on est - comme d'hab' - à la bourre. Dans l'immeuble, en face des ascenceurs, une pulpeuse jeune femme apparaît, et nous interpelle. Elle nous demande si on est invité pour Thanks Giving. On lui répond qu'il y a quelques probabilités qu'on participe à l'orgie... Grand sourire de la minette, albanaise de son état, qui trouve le moyen de nous dire qu'elle sait que les colocs sont gentils, et même qu'ils sont norvégiens et français. "Really ?", répondis-je, en essayant de masquer tant bien que mal mon accent.

Bref, lorsqu'on déboule, l'appart' ressemble plus à une rave party. Des Américains tout partout, mais quelques intrus se sont glissés parmi l'auguste assemblée. Je rencontre un Anglais, et deux Irlandais, déjà bien éméchés. On s'installe, les présentations commencent, entrecoupées d'assiettes tendus vers la purée ou la dinde. Quelques sympathiques New-yorkaises m'assurent que mon accent est "soooo sexy". En gros, la soirée est cool. Les Irlandais brandissent alors un Whisky, pure tradition. On poursuit la soirée sur le balcon, évoquant les différences culturelles, et le sempiternel "Why did you come in Egypt ?". Je finis par m'éteindre progressivement. Et, vers minuit, je décide d'aller me faire une petite sieste d'une demi-heure, histoire de pouvoir suivre le groupe au Mojito, un bar au sommet de l'Hilton, à ciel ouvert, qui domine la capitale. Je me réveille le lendemain matin, les cheveux en pétard, avec l'haleine d'un fénec amateur de purée d'ail. Je constate avec amertume que j'ai conservé mon jean et une chaussette. J'appris après coup que mes colocs avaient considéré que je n'étais pas en état de faire quoique ce soit à une heure du mat', tant je ronflais grassement. J'ai même pas eu le temps de saluer, de mon accent si sexy, la pulpeuse albanaise... Arffff...

Mais, mes expériences avec l'oncle Sam ne sont pas terminées. Pour bien comprendre, revenons au mois d'aout. Karim et moi cherchions un coloc, afin de compléter l'appart'. Plusieurs annonces sur internet, et plus de 50 candidatures, tout de même. Dans le lot, je rencontre un Allemand, Philip, garçon sympathique, qui ne restait que deux mois, et que j'éconduis donc poliment pour ce motif (on cherchait quelqu'un pour l'année). Néanmoins, nous partageâmes plusieurs soirées. Et ce dernier finit par dégoter une colocation à Zamalek. Et m'apprend qu'il vit avec trois américaines, célibataires de surcroît. Incroyab', me dis-je ! Faudrait aller voir. Ce que je m'empresse de faire, un soir de septembre, flanqué de l'Allemand. Et je dois dire que je n'allais pas être déçu. Le long couloir qui mène au salon permet d'apercevoir les deux gros canapés, et surtout les créatures allongées avec nonchalance dessus. Un tableau de Botero ! Les trois grasses, si vous préférez. Dans le lot, une moins enrobée que les autres, Kristen, m'offre un grand sourire et fait preuve d'une réelle sympathie. Mangeant des biscuits d'une main, et les yeux rivés sur son écran d'ordinateur, une bien enveloppée, April, secoue sa tête et prononce un "Hi" neutre. Enfin, une attraction de fête foraine, façon baronne de Thunder-ten-tronk", agite ses mains grassouillettes. Son prénom a malheureusement été effacé de ma mémoire, dès qu'elle m'a affirmé que je ressemblais beaucoup à son frère. Je passais une demi-heure avec le groupe et décidai d'abandonner mes nouvelles conséquentes amies.

Cette semaine, je reçois un coup de fil de Kristen, me demandant de participer à une "Christmas party". Je finis par céder, malgré quelques hésitations, tant du point de vue de mon travail que de mes appréhensions sur le déluge de boustifaille auquel je risquais d'assister. Arrivée ce mercredi soir vers 20 heures, chez Botéro. Appart' plein comme un oeuf. Et tout pareil, tout plein de Ricains qui papotent, au milieu de sushis (de circonstance pour Noël), et de "Rice pudding", franchement écoeurant. Je me lie d'amitié avec un Japonais. Nous parlons de Paris, de Tokyo et du Caire. Le temps me semble un peu long, et je demeure horrifié par la quantité industrielle de bouffe, avalée par mes hôtes. Néanmoins, une Française qui était aussi de la soirée a rapatrié une bouteille de Médoc, que je prends d'assaut. A ce propos, ça vous est sans doute déjà arrivé, mais c'est toujours cruel : l'impossibilité totale de réussir à se nouer d'amitié avec quelqu'un. Il arrive parfois que deux personnes se rencontrent, mais qu'elles n'aient rien à se dire. Non pas qu'elles se détestent. Non, juste rien en commun. Comme un rond dans un carré. Ben, avec la Française, c'est ce qui m'est arrivé. On ouvre le rouge, et, s'en suivent quelques banalités d'usage. Et puis rien. On se balance un peu sur ses jambes, on jette un regard sur l'assemblée. On coupe les longs silences par des "Ouais ouais ouais". Je sens que la fille voudrait mettre fin au supplice. Elle hausse les sourcils, me faisant un sourire contraint. Je souris, et redis pour la seconde fois que je suis content de boire un peu de vin. Voilà voilà voilà.

La soirée s'acheva vers minuit, chacun regagnant calmement ses pénates, un paquet de pudding sous le bras. Pudding que j'abandonnais au bawab, lorsque Roy et Karim refusèrent catégoriquement l'étrange plat brun-noir, trônant dans le frigo.

Bon, les américains, sont gentils quand même. Ils m'invitent au moins à bouffer. C'est déjà pas si mal.

jeudi 15 novembre 2007

La première gorgée de Gin Tonic


Doucement, comme pris dans la douceur du climat de Novembre, je me laisse un peu glisser au rythme de l'Egypte. En fait, une certaine routine commence à s'installer. Une habitude, que je n'aurais finalement pas soupçonnée, s'est construite progressivement. Bien sûr, on peut toujours compter sur le Collège pour empêcher que l'ennui s'instille dans les esprits ! Chaque jour, une nouvelle idée lumineuse jaillit sous les crânes de l'admnistration. Visiblement inspirés par une lecture abusive et unilatérale de Molière, ces derniers déclinent la gamme de la Tartufferie. Et, déclament dans le désert de Zahraa el Maadi : "Couvrez ce sein que nous ne saurions voir !". La censure sévit ces derniers jours à la bibliothèque, et "Beaux-Arts Magazine" se voit désormais couvert de rubans anthracites, cinglant les poitrines et les sexes de femelles probablement damnées, au moins damnables. Et, dans ce gribouillage, les Muses obtiennent des sous-vêtements relativement sexy ! Rien n'échappe aux yeux attentifs des cerbères. La preuve ? Okapi, journal des 10-12 ans, a été amputé de sa couverture ! Quand je pense que ma propre mère m'avait abonné à ce démoniaque mensuel, sans mesurer les conséquences sur mon esprit de pré-adolescent ! C'est sans doute ce qui doit expliquer mes bacchanales quotidiennes...

Cependant, quelle joie simple de revenir à l'appart' le soir. Sortir du métro et remonter Sharya Dokki. Il est 17H30, et la nuit est déjà tombée. Le sport national débute alors : slalom olympique, entre les fissures de la rue, les restaurants vomissant des quantités de monde, et bien entendu, les bagnoles, qui avancent, que vous soyez en face ou pas. Ca grouille dans ce quartier : les vendeurs de clopes, les morceaux de viande pendues ostensiblement, les odeurs de fouls (je ferai un article uniquement consacré à la bouffe en Egypte... y'a plein de trucs à dire), et de poissons grillés. La poussière. Il faut prendre le temps de regarder les fruits et les légumes, de bien tourner dans sa paume les tomates, ou d'ouvrir dans la rue une pomme-cannelle, et de planter ses dents dans sa chair sucrée. Récupérer les chemises au pressing. Prendre une bouteille d'eau et le nescafé pour le lendemain. Et, enfin, revenir dans ma rue, sous les acacias. Saluer les divers bawabs, et les gardes devant l'ambassade. J'aime beaucoup les soirées au Caire. Dans l'appart', vers 20 heures, les colocs sont généralement tous là. On avise pour le repas. On fait la bouffe ? Bah, euh... La flemme est malheureusement une maladie aisément contractable : commander à bouffer ne coûte pas cher ! Traditionnellement, c'est toujours Karim qui saisit son portable, et parcourt son répertoire. Japonais ? Egyptien ? Libanais ? Pizza ? On tranche ce soir pour les sushis. Dans une demi-heure. Chacun regagne sa chambre, mais les portes restent ouvertes, histoire de pouvoir continuer les conversations déjà entamées. Arrive le sympathique livreur. Alors, seulement, on s'installe sur notre terrasse. Il fait doux, et sous nos pieds, on voit les arbres. Un muezzin lance son appel, profond et guttural. Devant nous, des maisons brunies par la poussière. La lune. Et les avions qui se posent, inclinent leurs aîles métalliques dans notre ciel. On entend au loin les klaxons de l'avenue, mais le calme domine. De temps à autre, mais rarement (bah ouais, ma mère lit ce blog !), donc TRES rarement, il arrive, parfois, mais vraiment c'est tout à fait exceptionnel, à tel point que je me demande si ça vaut le coup d'en parler, tellement caarrivejamais, non sans déconner, j'aimemêmepasça, donc, ROY et KARIM - mais pas moi, hein, moi je bois que de l'eau, et en plus elle est férégineuse- sirotent un gin tonic, les sushis sur les genoux. Et, dans ces instants de pure zénitude, il n'y a rien dire, simplement savoir que tout cela est précieux. Mais, le fin du fin, c'est de se mettre un film, sur le balcon. En fait, c'est à tour de rôle, le but étant de pouvoir partager ensemble un bon moment. Alors, à chacun son paradis... Mais, sur le balcon de mon immeuble, je m'approche du ciel, parfois...

vendredi 2 novembre 2007

De l'élégance...



Tout est affaire de bon goût au Moyen-Orient, on le sait... Je vous laisse le soin de juger par vous-mêmes des qualités indéniables du sympathique photographe, (la photo ici, sur la gauche : cliquez dessus pour agrandir, c'est vraiment trop beau...) qui vous fait un portrait censé inaugurer votre anniversaire, mais qui peut également agrémenter votre propre tombe... Le brave homme avait vainement tenté de m'offrir ses services, arguant dans un anglais plus qu'approximatif (Yes mistir, this iz viry bioutifoul for youur fimili...) la finesse graphique et le plaisir oculaire que pouvait procurer la contemplation de ses oeuvres, non encore reconnues, certes, par ses contemporains.

Ici, en Egypte, on aime bien le clinquant : il suffit de monter dans leurs taxis tunés pour s'en rendre compte. Pas un chauffeur qui ne mettra sa touche toute personnelle dans sa peugeot hors d'âge. Alors, à la volée, on constatera la peau de mouton habillant délicieusement l'habitacle. La présence quasiment indispensable de la boite de mouchoirs, parfois plaquée adroitement au plafonnier. Les têtes de mort, très classes, posées sur les petits taquets des portières. Et puis, bien sûr, si l'on peut rajouter des quantités de néons, plutôt roses, pour que ça se voit bien, c'est encore mieux. Pour les vrais amateurs, les têtes d'ours ou de panda, glissées sur les appuis-têtes afin de camoufler sans aucun doute les clients. Enfin, mais là on touche au sublime, la musique bontempi - quatre notes tout au plus - qui se déclenche lorsque le taxi s'arrête. Plaisir auditif garanti. Surtout dans les embouteillages. D'ailleurs, si vous aimez les histoires ahurissantes des taxis, je vous renvoie sur le blog de mon poto Sébastien, lequel a narré avec talent une sortie commune, et notamment les délires d'un chauffeur secoué : http://pharaoblog.blogspot.com/



Mais, là n'est pas vraiment mon propos. Car, figurez-vous que mon collège a reçu la prestigieuse visite de l'ambassadeur de Belgique. Ne soyez pas trop stupéfaits. N'allez pas vous dire : "Comment ? Le collège de François reçoit les plus hautes personnalités du Caire, que dis-je, le gratin (de) cairote !"...
En réalité, au collège, tout est d'abord une histoire d'apparences. J'appris que l'établissement envoyait des quantités d'invitations, et que c'était la quatrième fois que notre ami du plat pays recevait son carton. Jusque là, le brave homme avait décliné... Mais, comme on le sait tous, on finit toujours par céder face à la persistance, voire l'acharnement de certains organismes. Le collège, en ce sens, ressemble un peu aux témoins de Jéovah, qui finissent par rentrer chez quelqu'un de temps à autre, après avoir essuyé 302 refus. Son excellence déboulait Mardi. Dès Lundi, on sentit un vent de panique souffler dans les couloirs de l'établissement. L'ensemble du corps enseignant reçut une note, laquelle nous expliquait que l'ambassadeur allait avoir le tapis rouge, et qu'il allait visiter la classe de quelques privilégiés (malheureusement, je n'ai pas eu la chance des élus... Je suis pas encore upper class au collège !). Comme d'habitude, une petite bonne femme circula parmi les profs, afin de faire signer cette si importante circulaire. Et, on pouvait au lire au bas de la page, une petite note adressée à une enseignante de Techno : on la priait de cesser son bordel pendant la visite d'Illustrissime... Sympa.
Pendant toute la journée du Lundi, des cohortes de pions et de responsables, intervinrent dans ma classe. Les mômes se devaient d'être en tenue complète. Je rappellais, avec délice, à mes chères têtes brunes, de ne pas omettre ses chaussettes floquées du nom du collège (si, si, je vous jure que c'est authentique !)...

Enfin, arriva le Mardi. Je n'avais pas cours de 8 à 9, et pus tranquillement passer en revue l'état de mon lieu de travail, accompagné d'un collègue belge (Je vous passe l'arrivée d'un camion-benne qui déchargea une table dans la cour, ou de la consciencieuse préparation d'un marron glacé - j'ai bien dit UN-, événements quasi indescriptibles tant ils sont absurdes...). Dans les classes où devait se pointer l'ambassadeur, on avait mis des livres. Mais, attention, avec les tranches colorées, pour qu'on les voit bien. Les bouquins avaient été trimballés à la va vite de la bibliothèque, mais qu'importe. Sur les murs des couloirs, jusque là encore nus, on avait plaquardé des panneaux, tous plus beaux les uns que les autres. De mémoire, s'étendait en lettres épaisses des slogans glorieux, décrivant nos élèves : "Communicateurs, ambitieux, ouverts". Ah ! C'était presque aussi beau qu'une campagne du PS... Clou du spectacle, maintenant. A midi, le collège avait organisé un pot, en l'honneur de la visite du Belge. On aurait cru que l'ensemble du personnel allait être invité... Que nenni ! Seuls les profs belges, et les chefs de département, reçurent le droit de participer ! Résultat, les honteux Français et les misérables Egyptiens mangent leurs sandwichs à l'étage, tandis que les honnêtes gens font bombance en bas.

"Maalesh", comme disent les Arabes : j'ai loupé les Ferrero !!!

vendredi 26 octobre 2007

Partir...

Retour en Egypte, après une semaine française. J'ai espéré voir la pluie en France, et Octobre n'a pas été automnal ! Pire encore : il a plu au Caire pendant mon absence ! Le balcon était recouvert d'une épaisse pellicule de poussière lorsque je regagnais mes pénates orientales. Et, j'appris qu'une pluie terrible s'était abattue sur la capitale. A la sortie de l'aéroport, je reprenais de plein fouet la lourde chaleur et les gaz d'échappements des bagnoles. Une heure d'embouteillage. Des klaxons. Des routes grises sous la lueur orangée des réverbères. Les grands panneaux publicitaires qui se découpaient dans la nuit. On a le temps de regarder le paysage et de cogiter quand on revient... C'est un peu une nouvelle expérience que de retourner dans son nouveau pays. Je me suis demandé pourquoi j'étais parti... Pourquoi avais-je tant envie de quitter la France, Clermont, les volcans et la saucisse ? Pourquoi est-ce que ce sentiment me comprimait le cerveau les jours de déprime ? J'ai tranché dans le vif un soir de Juillet. Sans vraiment imaginer ce qui m'attendait. J'avais pensé, au départ, que c'était l'appel de l'inconnu, la volonté de se jeter dans le nouveau, qui m'avaient poussé à signer au Caire. Je n'en suis plus si certain. Il y a, c'est évident, le refus d'accepter une vie trop ordinaire. Je me dégoutais peu à peu, dans mon carcan clermontois, à visiter des bleds insipides, et à tourner comme une toupie sur un centre de gravité toujours identique. La hantise de manquer quelque chose me vampirisait littéralement l'an dernier. Et ce sentiment s'est estompé depuis que je vis en Egypte. Pas de problème ici, tout est très différent et chaque jour n'est pas un calque du précédent. Alors, vivre vraiment, enfin ? Ce serait accepter que ce que j'ai vécu pendant toutes ces années en Auvergne n'aurait été que pure perte. Parce que, j'ai fait de belles rencontres. Des amis ou des profs, tous ont forgé quelque chose en moi. Partir en Egypte, ce n'est qu'un autre chemin. Une autre voie. Pas plus.

Je ne parviens pas vraiment à expliquer cette pulsion que j'avais en France, et qu'il m'a fallu assumer plus d'une fois en Egypte. Quand j'ai laissé Carole à l'aéroport la première fois, je me suis rendu compte de la portée de ma décision. Seul, au milieu de 20 millions d'habitants, sans parler la langue, ça fout un peu le vertige. Mais, je l'avais décidé. Désormais, ce sentiment est assez diffus. Je regrette que Caco ne soit pas là, pour partager mes expériences. En revanche, je me félicite d'être parti. Alors, bonté, pourquoi ???

Je ne crois pas que l'on sache vraiment pourquoi on décide qu'un beau jour, il faille mettre les voiles, et se tirer vers d'autres horizons. Tout cela était peut-être inscrit dans mes gènes. Parce que mes grands-parents ont foulé le sol du Maghreb. Que mes parents ont eu un fils en Afrique noire... Je savais seulement qu'il fallait partir... Après, après, c'est de la littérature. "Certains pensent qu'ils font un voyage, en fait, c'est le voyage qui vous fait ou vous défait", écrivait Nicolas Bouvier...