Une question revient parfois, quand je rentre en France... On me demande : "ça te manque pas trop ? Tu aimes vraiment vivre à l'étranger ? C'est pas si mal, la France pourtant"...
Il serait peut-être bon que je rappelle ce qu'était, mon métier, avant l'Egypte. J'étais TZR, c'est-à-dire, Titulaire en Zone de Remplacements. Je sillonnais l'Auvergne, afin d'effectuer de courtes missions un peu partout. Ce qui m'a valu, entre autre, de visiter l'Allier, ainsi que son fondement, dans ce qu'il a de plus... obscur. J'en veux pour preuve un patelin, qui m'a rejeté aux rivages de la dépression, à la frontière départementale du Cher. La "Venise de l'Allier", Vallon en Sully, a éveillé en moi un farouche instinct de départ... Et, quitte à partir, autant que ce soit loin, plutôt que dans le Cantal, ou dans la Creuse (pléonasme !). Je vous livre donc une petite vidéo, trouvée cet après-midi sur le site officiel de ce village niché au coeur de la forêt de Troncet, histoire de bien comprendre pourquoi la France, on l'aime, ou on la quitte, comme disait l'autre...
On clique ici, et on voyage...
mardi 3 juin 2008
samedi 24 mai 2008
Glisser dans la piscine !
Jeudi soir. Le jeudi est un jour important... c'est notre vendredi. Fin de la semaine, cerise enfin décrochée. Bon, en gros, faut décompresser façon solide, genre ça pique et faut qu'ça saigne. J'ai un véritable atout pour aborder ces soirées par rapport à mes chers collègues : j'ai mon jeudi après-midi. Habituellement, je regagne assez vite mes appartements, après avoir englouti un traditionnel plat de pâtes. Et puis, en songeant que d'autres font courageusement face à la fatigue de nos élèves et doivent aller chercher en eux désespérément un fond d'énergie, je m'endors paisiblement. La sieste, rhâââ... Que cette demi-heure est agréable. Après une bonne petite douche, les coups de fil afin de planifier la soirée, j'attends les 20 heures, saute dans un taxi, et la nuit commence.
Jeudi dernier, donc. Une belle soirée, qui se déroula selon un triptyque bien connu, le schéma assez récurent mais qui satisfait globalement : apéro à Zamalek, resto à Mohandesseen, et fin de partie au casino de l'Hilton. Retour à l'appart' quand le carrosse était devenu depuis fort longtemps citrouille. Avant de se coucher, un litre de flotte, en caleçon sur le balcon, histoire de célébrer les souvenirs d'une chiraquie au fort de Brégançon... Bien. Mais, le corps réclame alors de se purifier. Notamment parce que l'atmosphère cairote n'est pas exactement celle que je respirais à Volvic. En même temps, à Volvic, c'est un peu "Into the Wild"...
Le lendemain matin, Cécile - prof d'Arts plastiques, saltimbanque, donc - et mon auguste personne avions décidé d'aller nous baigner. Mais, comme mon aventure égyptienne touche à sa fin, j'avais suggéré d'aller tester une fameuse piscine qui fait face aux pyramides. "Siècle" trouva l'idée bonne (Ah oui, faut expliquer qu'au collège nous devons signer un registre de présence. Or, nos prénoms sont parfois un peu "écorchés". Ainsi, suis-je tantôt "Francé", tantôt "Frona", etc... Mais, celle qui multiplie les coquilles nominatives est Cécile. Elle cumule donc les "Cécéle", "Ciècle", etc... Résultat, nous l'avons affectueusement surnommée "Séquelles". Je sais, on est sans pitié...). Donc, je rejoignais Cécéle au métro de Gizeh, et nous filâmes jusqu'au prestigieux hôtel, le "Mena House". Malheureusement, la piscine était réservée uniquement aux clients de l'établissement. Nous prîmes cependant le temps de boire un jus d'orange en face de Chéops. "Séquelles" entama alors une discussion sur les piscines des grands hôtels, et souligna que lorsqu'elle était à Louxor, elle aurait très bien pu se baigner n'importe où, tout simplement parce qu'on se fondait dans le décor. Et me reprocha de ne pas avoir joué le jeu au Mena House...
Je savais qu'un autre hôtel avait une piscine donnait sur les tombeaux des pharaons. Nous gagnâmes donc l'endroit. Vaste pelouse. Joli bassin. Pyramides. On cherche un responsable. Un jeune homme nous reçoit dans le club de sport, adjacent à la piscine. Anglais peu courant, accent mêlant celui d'un indien de Bombay et d'un berger du Larzac.
- "Vat dou you want tou dou ?"
- "Swim !"
-"Oké... Vat dou you want ?"
- "Nager ?"...
- ...
- "Moumkin swim ?" (Moumkin signifie en arabe : "Est-il possible de"...)
- "Oké, oké. Coume wive mi".
Nous le suivons, un peu étonnés. Il nous ramène à la piscine, et nous montre des petites cabanes, afin que nous nous changions. Malheureusement, les portes sont fermées. Séquelles hoche la tête. Son plan n'a donc pas fonctionné ? Que si ! Le jeune homme revient vers nous en courant, afin de nous ouvrir les cabines. Je demeure interdit. Bon, on paiera à la sortie alors...
Après-midi piscine donc. Alors que nous nagions, on vit une inscription collée contre un des murs de la piscine, signifiant que la piscine était réservée aux clients de l'hôtel. Tant pis. On a rien compris, on nous a rien expliqué, on verra bien...
Sieste fort agréable. Les clients, en majorité d'épaisses italiennes, rouges comme des lasagnes, bronzaient dans cette fin d'après-midi. Lorsque nous décidâmes qu'il était temps de rentrer, nous quittâmes tranquillement l'hôtel. Kécile me sourit, afin d'asseoir sa démonstration : personne ne nous demanda quoi que ce soit...
Bon. J'ai un peu honte. En fait... Non, j'ai même pas honte. Mais, que conclure finalement de cette anecdote : que, par ma couleur de peau, j'ai un passeport dans les hôtels.
C'est drôle. Et surtout triste...
Jeudi dernier, donc. Une belle soirée, qui se déroula selon un triptyque bien connu, le schéma assez récurent mais qui satisfait globalement : apéro à Zamalek, resto à Mohandesseen, et fin de partie au casino de l'Hilton. Retour à l'appart' quand le carrosse était devenu depuis fort longtemps citrouille. Avant de se coucher, un litre de flotte, en caleçon sur le balcon, histoire de célébrer les souvenirs d'une chiraquie au fort de Brégançon... Bien. Mais, le corps réclame alors de se purifier. Notamment parce que l'atmosphère cairote n'est pas exactement celle que je respirais à Volvic. En même temps, à Volvic, c'est un peu "Into the Wild"...
Le lendemain matin, Cécile - prof d'Arts plastiques, saltimbanque, donc - et mon auguste personne avions décidé d'aller nous baigner. Mais, comme mon aventure égyptienne touche à sa fin, j'avais suggéré d'aller tester une fameuse piscine qui fait face aux pyramides. "Siècle" trouva l'idée bonne (Ah oui, faut expliquer qu'au collège nous devons signer un registre de présence. Or, nos prénoms sont parfois un peu "écorchés". Ainsi, suis-je tantôt "Francé", tantôt "Frona", etc... Mais, celle qui multiplie les coquilles nominatives est Cécile. Elle cumule donc les "Cécéle", "Ciècle", etc... Résultat, nous l'avons affectueusement surnommée "Séquelles". Je sais, on est sans pitié...). Donc, je rejoignais Cécéle au métro de Gizeh, et nous filâmes jusqu'au prestigieux hôtel, le "Mena House". Malheureusement, la piscine était réservée uniquement aux clients de l'établissement. Nous prîmes cependant le temps de boire un jus d'orange en face de Chéops. "Séquelles" entama alors une discussion sur les piscines des grands hôtels, et souligna que lorsqu'elle était à Louxor, elle aurait très bien pu se baigner n'importe où, tout simplement parce qu'on se fondait dans le décor. Et me reprocha de ne pas avoir joué le jeu au Mena House...
Je savais qu'un autre hôtel avait une piscine donnait sur les tombeaux des pharaons. Nous gagnâmes donc l'endroit. Vaste pelouse. Joli bassin. Pyramides. On cherche un responsable. Un jeune homme nous reçoit dans le club de sport, adjacent à la piscine. Anglais peu courant, accent mêlant celui d'un indien de Bombay et d'un berger du Larzac.
- "Vat dou you want tou dou ?"
- "Swim !"
-"Oké... Vat dou you want ?"
- "Nager ?"...
- ...
- "Moumkin swim ?" (Moumkin signifie en arabe : "Est-il possible de"...)
- "Oké, oké. Coume wive mi".
Nous le suivons, un peu étonnés. Il nous ramène à la piscine, et nous montre des petites cabanes, afin que nous nous changions. Malheureusement, les portes sont fermées. Séquelles hoche la tête. Son plan n'a donc pas fonctionné ? Que si ! Le jeune homme revient vers nous en courant, afin de nous ouvrir les cabines. Je demeure interdit. Bon, on paiera à la sortie alors...
Après-midi piscine donc. Alors que nous nagions, on vit une inscription collée contre un des murs de la piscine, signifiant que la piscine était réservée aux clients de l'hôtel. Tant pis. On a rien compris, on nous a rien expliqué, on verra bien...
Sieste fort agréable. Les clients, en majorité d'épaisses italiennes, rouges comme des lasagnes, bronzaient dans cette fin d'après-midi. Lorsque nous décidâmes qu'il était temps de rentrer, nous quittâmes tranquillement l'hôtel. Kécile me sourit, afin d'asseoir sa démonstration : personne ne nous demanda quoi que ce soit...
Bon. J'ai un peu honte. En fait... Non, j'ai même pas honte. Mais, que conclure finalement de cette anecdote : que, par ma couleur de peau, j'ai un passeport dans les hôtels.
C'est drôle. Et surtout triste...
jeudi 15 mai 2008
De deux choses l'une, l'autre c'est le soleil...
J'ai pris le large... Je me suis envolé dans une contrée sépia, bordée par les déserts. Je navigue dans cet océan urbain, cahotant dans un enfer de métal et de pierres. Et la poussière, partout, teintant de son pigment de tabac jusqu'aux rétines des visiteurs. J'aime tant cette ville et ses pulsations suraiguës. Les chants des muezzins fendent le ciel épais et se sont enracinés au fond de ma mémoire. Mais, s'il n'y avait qu'une expérience à retenir, un seul souvenir à conserver, ce serait sans doute l'image de deux soleils. Ouais, je reconnais, ça fait un peu météorologue amateur alors que je ne suis même pas le fils naturel de Jacques Kessler...
Simplement, ces deux soleils correspondent à deux moments de ma vie, et se sont gravés très nettement dans ma tête.
Le premier m'est apparu dans le désert à l'ouest du Caire, vers l'oasis de Baharia. Je vous peindrai plus tard les touches anthracites du basalte sur le sable, ou les déhanchements du feu, au rythme des percussions bédouines. Et, sans doute le goût du thé, lorsque vos yeux se plongent dans un profond clair de lune, et que tout, tout est si profondément calme...
Nous traversions en jeep le désert noir, et un immense disque surgit alors des dunes. Le soleil était si énorme que la chaleur me parut soudain secondaire. Entre de hautes roches blanches, le soleil semblait dévorer la terre. On s'arrêta. Le spectacle était simplement prodigieux.
Au cours du mois d'avril, le Caire subit le souffle d'un vent du désert : le Khamsin. En arabe, Khamsin signifie cinquante, comme les cinquante jours pendant lesquels il apparaît. Ce vent n'est qu'un souffle de sable et de poussière, la respiration minérale des solitudes libyennes. Il recouvre alors les murs, les toits et les routes. Et le ciel s'enroule dans des nuages gris. Alors, lorsque ce marchand de sable vous abandonne à la contemplation, le soleil est devenu laiteux. La gamme habituelle des couleurs du monde s'estompe. L'astre est réduit à une simple palpitation blanchâtre.
Le soleil s'est fondu avec la lune, comme disait la chanson...
Simplement, ces deux soleils correspondent à deux moments de ma vie, et se sont gravés très nettement dans ma tête.
Nous traversions en jeep le désert noir, et un immense disque surgit alors des dunes. Le soleil était si énorme que la chaleur me parut soudain secondaire. Entre de hautes roches blanches, le soleil semblait dévorer la terre. On s'arrêta. Le spectacle était simplement prodigieux.
Le soleil s'est fondu avec la lune, comme disait la chanson...
vendredi 1 février 2008
vendredi 25 janvier 2008
La pluie fait des claquettes
La pluie s'est longuement écrasée sur le Caire, cette semaine. Moi, qui suis un amoureux de la pluie, j'en suis resté tout retourné. Voir un ciel gris, dont la couleur n'était pas uniquement due à la pollution, m'a fait un bien fou. J'aime particulièrement le rythme mélancolique que prend une ville nettoyée par des hectolitres de flotte. Mais, ici, contrairement aux villes européennes, habituées à gérer les précipitations, le Caire ne sait comment évacuer ces eaux soudaines. Pas de bouches d'égouts. L'eau demeure stagnante, créant de gigantesques flaques, au milieu des rues. Elle tourne rapidement à la boue, se mélant à la poussière qui infeste le Caire.
Au collège, le phénomène climatique a posé un authentique problème. Pas de toit pour couvrir les halls du bahut. Résultat, une large flaque apparut. Et, on la fit disparaître à l'aide d'un... aspirateur ! Ce qui tend à prouver que les Egyptiens ont l'habitude, très clairement, de la pluie.
Et ça va même plus loin que ça. Les chauffeurs de taxi continuent à laisser inexorablement leurs fenêtres ouvertes. Mais, surtout, ils n'ont pas d'essuie-glaces ! Dès lors, l'un de mes chauffeurs opta pour une conduite sûre. On voit rien dans l'habitacle. Pas de soucis ! On va conduire avec la tête dehors, au travers de la fenêtre, sur l'autoroute. Je reconnais avoir eu quelques sueurs froides...
Lorsqu'on se ballade dans mon quartier un jour de pluie, on se rend compte que rien n'est adapté à la situation. Je m'étais fait la réflexion qu'un marchand de parapluies ferait faillite au Caire. C'est si vrai que, malgré la pluie, les Egyptiens demeurent sereins, ne cherchant même pas à se couvrir. Ils ont sans doute raison, tant la pluie est rare... Mieux vaut accepter avec patience et philosophie. En revanche, comme la pluie avait redoublé de violence, je gagnais un café, au milieu des chichas et des verres de thé. Les cafés n'ont, généralement, pas de portes. On s'assoit à l'intérieur d'une salle plus ou moins vaste, qui est grande ouverte sur la rue. Je commandais un thé. On me l'apporta, et je sombrais dans une rêverie toute égyptienne, serrant entre mes mains le "shay", amer et brûlant. La pluie berce. En France comme en Egypte...
mercredi 16 janvier 2008
Sur la corde raide...

Retour de France, depuis une semaine. Le froid (!) s'est installé sur la capitale égyptienne. Bon, ça reste un froid très relatif. Mais, tôt le matin, les températures doivent monter à 7-8 degrés. La journée tourne autour des 17 - 18. En gros, un mois de Mars français. La nuit, comme l'isolation est un principe totalement abstrait dans l'architecture égyptienne, un vent glacé souffle et s'infiltre entre les murs de l'appart'. Du coup, j'ai enfin essayé la fonction chauffage de la clim'. Je savais pas que ça existait avant de venir au Caire... Et je pensais pas m'en servir un jour. Cependant, quand je vous parle des rigueurs du climat, c'est pas non plus les steppes gelées de la Sibérie septentrionale. Non. Je continue à me vêtir d'une chemise, mais j'enfile le manteau qui me sert seulement l'été et l'automne en France... Donc, on survit.
Lorsque je suis arrivé, j'ai été habité par un curieux sentiment, oscillant entre la nostalgie et un léger bonheur, diffus, presque impalpable. Tout tournait sous mon crâne, à tel point que l'image d'une machine à laver s'est imprimé dans mon esprit. Des quantités de pensées, de souvenirs, se dilataient dans la nuit égyptienne. Dans l'avion qui me ramena, je me retrouvais à côté de Français, un guide du Routard sur les genoux, déjà perdus. J'envisageais le Caire, sans hâte. Je savais ce qui m'attendait. Je négocie mon taxi en Arabe, en hurlant que les tarifs sont bien trop élevés. J'indique les directions au chauffeur pour regagner mon domicile. Bref, j'ai des repères. Un coup de fil à Seb. Les potes sont là. L'épicier aussi, qui me gratifie de son habituel sourire quand je lui décoche une salutation traditionnelle... J'habite en Egypte... Vraiment ? Car, mon retour sur ma terre natale s'est étalé sur 3 semaines. Suffisant pour reprendre les vieilles habitudes et ma vie, codifiée, structurée. Clermont est toujours taillé dans la pierre noire volcanique et je risque pas de me perdre dans les étroites ruelles de la vieille ville. Rien n'a changé. En Egypte, malgré des réflexes, des habitudes, je suis encore sur la corde raide. Je ne parle pas Arabe. La culture, le mode de vie, ne sont pas les miens... Partir revient à se mettre en danger, perpétuellement. J'ai fait éclater un cocon, relativement douillet, afin de voler (de mon propre zèle ?). Mettre la Méditerranée entre Carole et moi, était-ce une erreur ? Un révélateur plutôt. Quand je me baladais dans les rues du Puy ou de Clermont, avec ma chère et tendre pendue à mon bras, je me rendais que ces actes futiles, habituels, devenaient subitement importants. Que le quotidien, ce grand dévorateur de couple, prenait soudainement des teintes dorées. Que mon café sur un comptoir de zinc n'avait pas la même saveur. Alex, philosophe physicien devant l'éternel, m'a dit la semaine dernière que partir permettait d'évoluer. Et, que le but c'était de ne pas habiter quelque part, mais de se sentir chez soi partout. De ne pas avoir peur de l'Autre...
Je crois qu'il a raison. Mais, je suis désormais convaincu que je ne suis parti que dans le but de sentir des frissons me parcourir l'échine... Contempler ma clepsydre s'écouler, et me souvenir, lorsque l'heure sera venue, des étoiles qui brillaient dans une nuit de septembre, allongé dans une felouque, du soleil qui brûle, en Octobre, des pyramides qui se découpent à l'horizon, le matin, et du plaisir si immense que j'avais eu à revoir mes amis, ma famille, ma Carole, un Noël, en France...
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